DOCTEUR MALARD ou LA FUITE MYSTÉRIEUSE
Posté le 24.04.2007 par Bernard Pichardie

Justine MÉRIEAU
Nantaise, je vis sous les tropiques depuis de nombreuses années. Idéologiquement marginale et anticonformiste, j’ai le goût de l’ailleurs et surtout des terres chaudes…
Années 60 riment avec adolescence, 70 avec âge adulte, et fin 80 avec mon départ de France. De formation classique (latin) j’ai surtout été, et suis toujours, une autodidacte passionnée, boulimique de lecture dès l’enfance… Mes préférences vont aux auteurs des 18e et surtout 19e siècles. J’adore romantisme, onirisme, fantastique et ésotérisme.
J’écris depuis l’adolescence : poésie d’abord, puis ensuite, diverses ébauches de nouvelles et romans tout au long des années. C’est sur l’île de Mayotte, où j’ai vécu huit ans avant de revenir à La Réunion, que j’ai cessé tout travail pour me consacrer entièrement à l’écriture. Il en est résulté les ouvrages ci-dessous. Mes récits s’inspirent de certains faits divers et de phénomènes de société. Ils sont parfois un peu historiques et parfois légèrement fantastiques ou ésotériques…
La femme changée en chien, roman, 130 p. éd. Le Manuscrit 2001,
Délire de poèmes éclectiques, poésie, 106 p. éd. Le Manuscrit 2001,
Soleil brisé, recueil de nouvelles, 184 p. éd. du CoLibris 2003,
L’étrange don d’Anaïs C., roman, 202 p. éditions Osmondes 2006, Docteur Malard ou la fuite mystérieuse, roman, 140 p. éditions Bénévent 2006,
Comme un noir soleil, courts romans, conte, et autres nouvelles, 209 p. éditions Ixcéa 2006,
Le Nez de Berthe, histoire d’une Nantaise des années 80, roman à paraître courant 2007 aux éditions Osmondes
Romans en cours : L’actrice (fiction ésotérique inspirée par l’affaire Trintignant-Quantat) et Tropicale story (fiction autobiographique).
Justine Mérieau
courriel
justine-merieau@wanadoo.fr
site
http://www.merieau.fr
DOCTEUR MALARD ou LA FUITE MYSTÉRIEUSE
Extrait du roman paru fin 2006 aux éditions Bénévent.
(Inspiré par l’affaire Docteur Godard, l’une des énigmes du vingtième siècle).
... Arrivé à Saint-Malo, le docteur Malard se rendit directement au port des Sablons.
Une fois la voiture garée sur le parking du port, très enthousiastes les enfants descendirent en riant, tout excités à l’idée de découvrir leur futur bateau ; leurs mains ayant spontanément trouvé celle de leur père, tous se dirigèrent joyeusement vers les pontons où s’alignaient les voiliers. Marcus et Camilla étaient émerveillés, ne sachant où donner de la tête, même si certains emplacements étaient inoccupés : il y avait là de la place pour mille deux cent seize voiliers exactement !
L’emplacement E 79 réservé au « Nicky », le bateau retenu par le docteur, était vide ; ce dernier s’y attendait plus ou moins. Le Nicky, un bon et solide voilier de six couchages, un Sun Odyssey 30 de près de neuf mètres, était très prisé des plaisanciers en mal de bateaux ; il était loué presque sans interruption, surtout au week-end, et risquait donc bien peu de se trouver là. Mais la veille, si Yvan Malard avait proposé cette balade aux enfants, c’était pour leur faire plaisir ; parce qu’ils voulaient « voir » le bateau sur lequel ils allaient bientôt partir. Et puis, également pour s’évader lui-même, pour s’occuper, tout simplement… S’occuper l’esprit, surtout, afin de ne pas éclater en tournant en rond chez lui, comme un lion en cage !…
Une phrase de Kafka qu’il lisait souvent, lui revint alors spontanément en mémoire : « Comment nous libérer et libérer le « monde » qui est en notre tête, sans en éclater ? Plutôt mille fois éclater que de le refouler ou l’ensevelir en nous ! Nous sommes ici pour cela ! ». L’écrivain aussi, avait été confronté à l’absurdité des choses, à l’absurdité du monde… À cet instant, Yvan Malard n’avait jamais été aussi proche de lui. Il pensa également à Céline, un confrère, qui n’avait guère été mieux loti. Avec Kafka et Nietzsche, Céline faisait partie des écrivains dont il avait toujours un livre à portée de mains. Lui aussi, comme eux, se rebellait, ne voulait pas subir… Il ne voulait plus. La résignation n’était pas pour lui.
« Alors, papa ? Il est où, dis, not’e bateau ? demanda Camilla.
Le docteur sortit de sa rêverie.
– Dis, papa, est-ce que c’est çui-là ? demanda à son tour Marcus, pointant le doigt vers un beau voilier de bois laqué brun d’environ dix sept mètres, un trois mâts venant tout juste d’entrer à quai, et dont l’équipage était en train de descendre les dernières voiles.
Amusé, le docteur répondit en riant légèrement :
– Non, mes chéris, ce n’est pas celui-là ! Le nôtre sera un peu moins grand. Voyez, celui-ci ? Eh bien, ce sera à peu près le même. Remarquez bien qu’il n’est pas si petit que ça… Il est même beaucoup plus grand que celui que je loue d’habitude…Vous verrez, on y sera très bien pour faire notre long voyage ».
Ils se rendirent gaiement tous les trois devant le bateau pour l’examiner de près, et les enfants posèrent un tas de questions à leur père, pour une fois.
« Et c’est où, qu’on va aller, papa ? demanda Camilla. Est-ce qu’on s’en va très loin ? On restera longtemps ? Et maman ? Elle vient aussi, hein, papa ?
– Ah, oui ! Moi, j’veux ma maman ! Faut pas qu’elle reste toute seule ! Pa’ce que si elle vient pas, moi j’reste avec elle ! renchérit Marcus.
– Oui, oui, bien sûr ! Maman vient avec nous ! On y va tous et on part pour très longtemps. On va aller voir un pays magnifique ; je suis certain qu’il vous plaira beaucoup. Et si ça vous plaît vraiment, on y restera habiter. Qu’est-ce que vous en dites, hein, les enfants ?
Camilla répondit la première.
– Mais, papa, et la rentrée des classes ? Maman nous a déjà acheté nos cartables ! Et pis, j’verrai plus mes copines, alors ? Émilie, moi j’l’aime bien ! C’est ma meilleure amie ! Et pis Ludovic aussi, je l’aime ! Là-bas, j’connais personne, j’aurai plus mes copains ! Et tous mes jouets ? J’veux pas les laisser ! Si on part, j’les veux tous ! Mais moi, j’aimerais mieux qu’on parte faire un grand tour en mer.… et….. et qu’on r’vienne chez nous après !
– Ah bon, alors on r’vient pas chez nous après ? s’inquiéta Marcus d’une toute petite voix. Pourquoi, dis, papa ?
Embarrassé, autant qu’empreint d’une émotion contenue, le docteur Malard répondit de la voix la plus claire, ferme et rassurante qu’il put :
– Ne t’inquiète pas, ma petite Camilla ! Et toi non plus, mon petit Marcus ! Votre papa a tout organisé. Là-bas, croyez-moi, vous serez bien mieux ! Vous verrez, on fera souvent du bateau, beaucoup plus souvent qu’ici, où le temps ne s’y prête pas toujours ; même votre maman n’aura plus peur de venir avec nous, tellement, là-bas, la mer est belle et transparente, chaude et toujours calme. Calme comme un lac ! Ou plutôt, comme un lagon, puisque tel est son nom… Et vous pourrez emporter tous vos jouets, il n’y a pas de problème ! Et puis, n’ayez pas peur, vous vous referez très vite de nouveaux amis, vous verrez ! Des amis avec lesquels vous jouerez toute l’année sur la plage. D’ailleurs, c’est sûrement là qu’on habitera… Sur une belle plage. Ça ne vous dirait pas, les enfants, d’avoir une jolie maison qui donne sur la mer ? Avec un grand jardin plein de cocotiers, de bananiers, de manguiers ? Et d’ananas un peu partout ? Hein ?… Vous vous rendez compte ! On aurait tous ces fruits de supermarché sous la main, il n’y aurait qu’à les cueillir et à les déguster ! Ça ne vous plairait pas, dites-moi, de vivre de la sorte ? Sur une plage tous les jours et pour toujours, avec, en plus, un ciel toujours bleu ? Où vous n’aurez plus jamais froid, parce que les hivers n’existent pas et que ce sera l’été en permanence ?
– Si ! Oh si ! » s’exclamèrent presque en chœur Camilla et Marcus, dont les sourires et la joie étaient revenus instantanément.
Et leurs grands yeux innocents et candides, maintenant tout pleins de rêves, fixaient leur père avec une infinie confiance.
Si c’était aussi simple et facile avec Marion…, pensa Yvan Malard avec autant de tristesse que de regret. ...
pour lire un autre extrait sur le site de Justine
http://www.merieau.fr/extraits/extraitdctmallard.php
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